mercredi 3 août 2022

Six wéyages

Première chose que j’ai fait en me levant, ce matin: regarder si on avait commencé à décharger les pales d’éoliennes du bateau. Eh oui. Fascinant, je vous dis. Je suis restée assise sur mon balcon pendant une bonne heure, après le déjeuner, à observer. C’est que c’est pas petit, des pales d’éolienne. Pis c’est cordé sur un bateau, alors il faut les décharger stratégiquement. J’imagine le capitaine jouer avec le lest du bateau pour compenser, chaque fois que la grue lève une pale. Fascinant, je vous répète.






 

Et il a fallu partir. Bazwell que ça ne me tentait pas. Pas que ma chambre d’hôtel était particulièrement palpitante, non. Mais partir supposait revenir à la maison. Pis revenir à la maison suppose que les vacances achèvent en tipépère. Pis comme j’ai fini de travailler le 15 juillet, les vacances n’ont pas été longues c’t’année.

Pis y’a aussi qu’il fallait passer la frontière. C’est toujours un peu moins énervant revenir au Canada, mais je me sens toujours suspectée de quelque chose par le douanier. Je sais pas pour vous autres, mais pour moi, c’est ça. Faque hier, j’avais sorti mes factures, j’avais calculé le montant des souvenirs en dollars américains, j’avais pratiqué mes réponses au douanier… Réponses que je n’ai même pas eu la chance de lui donner. 


Dans ma grande naïveté, je lui ai dit bonjour, en arrivant au poste frontière des Mille-Iles. Il m’a regardé avec un grand sourire et m’a demandé si «Is it ok for English?» Ben oui, bâtard. On est au Canada, un pays bilingue s’il en faut, je devrais exiger de me faire servir en français, mais mes combats ont des limites. Il serait allé chercher un collègue, ça aurait pris 8000 ans, pis ça me tentait pas. Faque je réponds qu’en anglais, ça va t’être corrèque (viarge). Il m’a demandé où j’étais allée. J’ai dit Chicago. Il m’a demandé si je rapportais de la drogue, des armes, du pepper spray… J’ai dit non (quel innocent répondrait oui, énéwé?). Il m’a dit qu’à Chicago, pourtant, j’aurais pu en avoir besoin (quel être rempli de préjugés – j’ai fermé ma gueule: on ne jase pas avec un douanier sauf si c’est Sébastien). J’ai plutôt fait un air un peu gnaiseux et un sourire épais. Il m’a souri: «Welcome home!» Home??? T’as-tu dit home??? Tu penses que quand je traverse des Zétats en Nontario pis que tu me parles en anglais, je me sens home??? J’ai dit «Thanks», j’ai embrayé en première pis, comme dit mon ami Roger, j’ai décâlissé de là.

J’avais un stop à faire en Nontario avant de mettre vraiment le cap sur le Québec.


 Ouan.

Un peu de 401 complètement bouchée dans l’autre sens: il y avait un camion en panne dans une section à une seule voie (une clôture d’un bord et des parapets de ciment de l’autre) et 8 kilomètres de chars et de camions arrêtés derrière lui. J’ai compté les kilomètres et j’ai même appelé Sarah qui fait la circulation à Radio-Canne quand Yves est en vacances.

Après la 401, un peu de 20. Pis voyant venir le boutte de la 20 où l’autoroute se transforme en boulevard de banlieue, j’ai bifurqué par la 30, tant pis pour le péage du pont et les kilomètres supplémentaires.

Faque la 30. Pis la 25. Pis le tunnel Louis-H.-Lafontaine. Pis l’arrivée à la maison.

Pis les six wéyages pour tout monter chez moi. Six. Je vous jure. De la bouffe. Du linge propre. Du linge sale. Des souliers. De l’alcool. Des souvenirs. J’ai pas d’allure, mais vous m’aimez comme ça.


Toute ma vie des deux dernières semaines tient dans ces six wéyages. Et dans ce voyage américain qui se termine.

 

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